3 juillet 2018

Contribution des domaines du développement durable et de la responsabilité sociale des organisations

 

Résumé : Depuis les années 1970, les grands projets de développement économique cherchent à atténuer leurs impacts sociaux négatifs dans une perspective de développement durable. Depuis quelques décennies, l’analyse du cycle de vie (ACV) permet de documenter plus rigoureusement l’impact d’un produit ou service.

Dès les années 1970, selon Freudenburg (1986), en plus des composantes économiques et environnementales, nous avons assisté de plus en plus à l’intégration de considérations sociales dans l’étude des impacts anticipés de grands projets, ce qui a donné naissance au courant du social impact assessment (SIA), tel que formalisé par l’International Association for Impact Assessment (IAIA). Selon Armstrong (2006a, p. 10), l’évaluation de l’impact social (SIA) s’est développée dans un contexte de montée des préoccupations pour les répercussions environnementales et l’acceptabilité sociale :

Au sens large, la mesure d’impact social (social impact assessment) est l’activité qui consiste à évaluer les réactions des communautés humaines à des interventions particulières, incluant les réactions négatives ou non intentionnelles. Le développement de l’évaluation de l’impact environnemental dans les années 1980 comportait un aspect social, un effort pour estimer à l’avance les conséquences sociales susceptibles de découler d’actions politiques spécifiques. Une fonction de la mesure d’impact social est d’anticiper les effets de changements types déterminés dans une communauté humaine afin d’évaluer la « qualité » d’interventions alternatives. La mesure d’impact donne des informations qui sont utilisées dans un processus de gestion des risques – l’évaluation elle-même ne juge pas la « qualité » de l’intervention. (Traduction libre)

Le SIA, ainsi défini, correspond à un processus continu qui ne vise pas uniquement à mesurer des impacts dans une perspective purement rétrospective, mais plutôt à déterminer et à prévenir ceux qui seraient négatifs, dans une perspective d’acceptabilité sociale. C’est ainsi que l’Agence d’évaluation d’impact du Canada comprend l’évaluation d’impact, tel que définie par la Loi sur l’évaluation d’impact de 2019. Cette approche est somme toute assez différente de l’évaluation de programme ailleurs dans l’administration publique et plus proche d’autres courants très influents, ceux du développement durable (DD) et de la responsabilité sociale des organisations (RSO).

L’analyse du cycle de vie (ACV) suit un parcours similaire. Elle vise à opérationnaliser les notions de développement durable et d’atténuation des effets environnementaux et sociaux négatifs en accroissant la rigueur de l’analyse et en prenant le temps de s’intéresser à chaque étape du cycle de vie d’un produit ou d’un service. Elle est d’abord apparue sous la forme de l’analyse du cycle de vie environnementale (AeCV), qui s’inscrit dans un courant de comptabilisation, d’évaluation et de bilan. L’idée de bilan énergétique apparaît dans les années 1960, alors que l’ACV émerge de façon plus notable au début des années 1990. Plus tard, l’AeCV, combinée aux théories des parties prenantes des sciences de la gestion, inspirera l’analyse sociale du cycle de vie (AsCV), qui fera son apparition au cours des années 2000.

La responsabilité sociale des entreprises ou la responsabilité sociale et environnementale, ou encore la responsabilité sociétale des entreprises ou des organisations (RSO) est un large mouvement lié au développement durable qui s’est développé dans les dernières décennies et qui fait appel à la notion de responsabilité. De manière pratique, ce mouvement privilégie la considération de caractéristiques extrafinancières dans la gestion et l’analyse des activités d’une entreprise ou organisation. C’est dans ce cadre que s’inscrit la Global Reporting Initiative (GRI). Bien qu’on associe parfois cette méthode à la mesure d’impact social, il est plus juste de parler d’une logique de suivi et de reddition de comptes, qui se concentre davantage sur les processus et les extrants que sur les effets ou les impacts à proprement parler. Soulignons que la banque d’indicateurs IRIS et la certification B Corp, apparues plus récemment, partagent plusieurs éléments communs avec cette méthode au plan méthodologique, mais sont issues d’un courant différent, l’investissement d’impact, couvert plus loin dans le texte.


Références

Armstrong, K. (2006). Social Enterprise Impact Assessment Project: A Literature Review. Social Impact Assessment Phase One Steering Committee.

Freudenburg, W. R. (1986). Social impact assessment. Annual review of sociology, 451–478.